Allaitement et prévention du cancer du sein : ce que dit la science !

A l’occasion d’Octobre Rose, mois de sensibilisation au dépistage et à la prévention du cancer du sein, on parle beaucoup d’alimentation, d’activité physique, d’alcool, de poids et d’hygiène de vie.
Mais un autre facteur mérite d’être mieux connu : l’allaitement maternel et son association avec le risque de certains cancers chez la femme.
L’allaitement ne protège évidemment pas de façon absolue contre le cancer et ne remplace ni le dépistage ni le suivi médical. Cependant, les données scientifiques montrent qu’il est associé à une diminution du risque de cancer du sein, et suggèrent également un effet protecteur vis-à-vis de certains autres cancers, notamment le cancer de l’ovaire.
Alors, que sait-on réellement aujourd’hui ?
Allaitement et cancer du sein : que montrent les études ?
Le lien entre allaitement et risque de cancer du sein a été étudié dans de nombreuses populations et depuis plusieurs décennies.
L'une des analyses épidémiologiques les plus importantes est celle du Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer, publiée dans The Lancet en 2002.
Cette vaste analyse a regroupé les données individuelles de 47 études épidémiologiques provenant de 30 pays, comprenant plus de 50 000 femmes ayant eu un cancer du sein et près de 97 000 femmes sans cancer du sein.
Les auteurs ont observé une association entre l'allaitement et une diminution du risque de cancer du sein, avec une diminution du risque associée à une durée cumulée d'allaitement plus importante.
Référence scientifique :
Breast cancer and breastfeeding – Collaborative Group, The Lancet (2002), PubMed
Une association confirmée par les travaux du World Cancer Research Fund
Le World Cancer Research Fund (WCRF), qui évalue régulièrement les données scientifiques concernant les facteurs alimentaires et comportementaux associés au risque de cancer, considère aujourd'hui que les preuves sont suffisamment solides pour recommander aux mères d'allaiter si elles le peuvent.
Le rapport scientifique du WCRF/AICR retrouve notamment une diminution du risque de cancer du sein associée à l'augmentation de la durée totale d'allaitement.
Dans leur analyse, le risque relatif diminuait d'environ 2 % pour chaque tranche supplémentaire de 5 mois d'allaitement cumulé.
Cela signifie que l'effet observé concerne surtout la durée cumulée de l'allaitement au cours de la vie reproductive, et non une durée minimale à atteindre pour obtenir une quelconque « protection ».
C'est une nuance importante.
Plus on allaite longtemps, plus le risque
diminue-t-il ?
Les données montrent globalement une relation inverse entre durée cumulée d'allaitement et risque de cancer du sein.
Autrement dit, dans les études épidémiologiques, les femmes ayant allaité plus longtemps au cours de leur vie ont tendance à présenter un risque plus faible que celles ayant allaité moins longtemps ou jamais.
Mais attention à l'interprétation.
Cela ne signifie absolument pas qu'une femme devrait allaiter pendant une durée déterminée pour « éviter » un cancer du sein.
Le cancer est une maladie multifactorielle.
L'âge, les antécédents familiaux, certains facteurs génétiques, les hormones, l'alcool, l'activité physique, le poids, les facteurs reproductifs et de nombreux autres éléments peuvent intervenir dans le risque individuel.
L'allaitement est donc un facteur parmi d'autres, et non une garantie.
Pourquoi parler de ces bénéfices pendant Octobre Rose ?
Parce que la prévention du cancer du sein ne se résume pas au dépistage.
Le dépistage permet de détecter plus précocement certaines anomalies et certains cancers. La prévention, elle, cherche à agir sur les facteurs susceptibles d'influencer le risque de développer la maladie.
Le Code européen contre le cancer, coordonné par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), arrive à une conclusion similaire : les données concernant la diminution du risque de cancer du sein sont considérées comme convaincantes, tandis que des relations protectrices plus modestes sont suggérées pour les cancers de l'endomètre et de l'ovaire.
Mais attention : allaiter ne doit jamais devenir une injonction
C'est probablement le point le plus important à rappeler dans un article destiné aux femmes et aux jeunes mamans.
Dire que l'allaitement est associé à une diminution du risque de certains cancers ne signifie pas :
« Si vous allaitez, vous n'aurez pas de cancer du sein. »
Et cela ne signifie certainement pas :
« Si vous n'allaitez pas, vous augmentez fortement votre risque de cancer. »
Ces formulations seraient scientifiquement incorrectes et culpabilisantes.
Certaines femmes ne peuvent pas allaiter. D'autres ne souhaitent pas allaiter. Certaines rencontrent des difficultés médicales, psychologiques, professionnelles ou personnelles.
La prévention du cancer ne doit pas devenir une source de culpabilité pour les mères.
L'information scientifique doit permettre aux femmes de faire des choix éclairés, pas de leur faire porter la responsabilité d'une maladie aussi complexe que le cancer.
La prévention du cancer du sein : une approche globale
L'allaitement peut donc s'inscrire dans une approche globale de prévention, au même titre que d'autres habitudes de vie.
Parmi les facteurs sur lesquels il est possible d'agir, on retrouve notamment :
pratiquer régulièrement une activité physique ;
maintenir un poids adapté à sa situation ;
limiter la consommation d'alcool ;
ne pas fumer ;
adopter une alimentation variée et équilibrée ;
privilégier les aliments végétaux, notamment les légumes, fruits, légumineuses et céréales complètes ;
allaiter si on le souhaite et si cela est possible ;
participer aux programmes de dépistage recommandés.
Un mot pour les mamans
En tant que diététicienne spécialisée dans l'accompagnement des familles, je trouve important de transmettre cette information avec nuance.
Oui, l'allaitement a des bénéfices pour la santé de la mère, notamment concernant le risque de certains cancers.
Mais ces bénéfices ne doivent jamais être transformés en pression supplémentaire sur les femmes.
Chaque allaitement est différent.
Quelques jours, quelques semaines, quelques mois ou plus : chaque histoire est personnelle.
L'objectif de la prévention n'est pas de rechercher la perfection. Il est de donner aux femmes des informations fiables pour leur permettre de prendre soin de leur santé à long terme, sans culpabilité.
Et pendant Octobre Rose, n'oublions pas l'essentiel : connaître son risque, suivre les recommandations de dépistage adaptées à son âge et à sa situation, et consulter en cas de symptôme inhabituel.
FAQ – Allaitement et cancer du sein
Est-ce que l'allaitement réduit le risque de cancer du sein ?
Oui. Les données scientifiques montrent une association entre l'allaitement et une diminution du risque de cancer du sein chez la mère. Le risque semble notamment diminuer lorsque la durée cumulée d'allaitement au cours de la vie augmente
Combien de temps faut-il allaiter pour réduire le risque de cancer du sein ?
Il n'existe pas de durée minimale permettant de garantir une diminution du risque. Les études montrent plutôt une relation entre durée cumulée d'allaitement et niveau de risque, avec une diminution estimée d'environ 2 % pour chaque tranche de 5 mois d'allaitement cumulé.
Si je n'ai pas allaité, ai-je davantage de risques d'avoir un cancer du sein ?
L'allaitement n'est qu'un facteur parmi de nombreux éléments qui influencent le risque de cancer du sein. Ne pas avoir allaité ne signifie pas que l'on développera un cancer. Le risque individuel dépend notamment de l'âge, des facteurs génétiques et familiaux, des facteurs hormonaux, de l'alcool, de l'activité physique et de nombreux autres paramètres.
L'allaitement remplace-t-il le dépistage du cancer du sein ?
Non. L'allaitement peut être associé à une diminution du risque, mais il ne supprime pas ce risque. Le dépistage et le suivi médical restent essentiels.
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Références scientifiques :
Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer. Breast cancer and breastfeeding: collaborative reanalysis of individual data from 47 epidemiological studies in 30 countries. The Lancet. 2002;360:187–195.
World Cancer Research Fund (WCRF) – recommandations et données scientifiques sur allaitement et cancer.
International Agency for Research on Cancer (IARC/OMS) – European Code Against Cancer : allaitement et cancer.




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